Muse
Léa Rostain

Chris Isaak en bande-son, Mon nom est personne de Sergio Leone sur la télé, effluves de patchouli : Léa Rostain sait recevoir. Mannequin de Monnier Frères depuis plusieurs saisons, shootée « à visage découvert » pour la saison printemps-été 2020, Léa nous a invités dans son antre, petite maison aux volets bleus, nichée au cœur du 20e. Dans une ambiance très seventies, elle vit au milieu de souvenirs de voyage – comme autant de mini autels accrochés au mur – et d’une foule d’objets : un piano western, une selle de cheval vintage, des chapeaux mexicains, des boots de cowboy, des guitares et des animaux : un chat, des poissons, une peluche panthère noire et Jackie son serpent qu’elle emmène partout avec elle.

 

MONNIER Frères : Quelle place occupe la mode dans ta vie ?
Léa Rostain : Plus jeune, je n’y accordais pas beaucoup d’importance, peu importe comment je m’habillais. Forcément, la mode a pris de plus en plus de place à partir du moment où j’ai commencé le mannequinat, à l’âge de 11 ans. Ma véritable passion, c’est le cinéma. Mais grâce à mon métier, j’ai découvert un univers passionnant que j’adore aujourd’hui. J’aime l’énergie qui se dégage d’un shooting, les fringues vintage ou les costumes d’époque qui transportent ailleurs, comme cette veste de théâtre de 1895 que je porte ce matin. J’aime cette idée de renouvellement permanent, cette boucle continue, ces tendances qui reviennent et se restructurent. D’ailleurs, je suis avec beaucoup d’intérêt le mouvement actuel des designers qui incitent à réutiliser les archives pour créer. Virgil Abloh s’est récemment exprimé sur ce sujet, par exemple. Je n’achète que du vintage, je récupère des fringues ou alors je les fais moi-même. J’achète des tissus au marché Saint-Pierre, je dessine les patrons et après je monte mes fringues avec la machine à coudre d’une copine... Et quand j’achète ce n’est pas la marque qui me touche mais la pièce en elle-même, ce qu’il y a derrière.

 

M.F. : Le cinéma est donc ta passion première ? 
L.R. : Oui, je suis passionnée de cinéma depuis toute petite, mon père est un grand cinéphile. J’ai vraiment baigné dans cet univers-là très tôt, j’enchaînais les films dans le canapé avec mon père. Ma grand-mère était sur les planches, elle était comédienne à La Rochelle et ça m’a toujours fascinée. Je me baladais dans le théâtre, je regardais tout, je dérangeais parfois mais je ne me suis jamais dit que j’allais être comédienne, je me considérais comme un mannequin, c’est tout. Je me disais que c’était trop fou, que c’était impossible. Mais un jour j’ai pensé je n’avais rien à perdre. J’ai rejoint le Laboratoire de l’Acteur, une école à Paris mais je n’ai pas du tout aimé. Je n’aimais pas l’idée d’apprendre une méthode pour jouer ; en revanche, je me suis rendu compte que c’était vraiment ce que je voulais faire, ce qui me faisais vraiment vibrer. Se réveiller tous les matins et se dire qu’on peut être absolument qui on veut, je trouve ça génial ! Et ensuite, j’ai rencontré par hasard mon agent lors d’une soirée. J’avais déjà tourné avec Pascal Thomas dans À cause des filles.. ? Je l’avais vu une fois au Flore et j’étais allée m’asseoir avec lui pour lui parler. Je lui ai laissé mon mail et il m’a contactée un mois après... J’ai fait une journée de tournage avec lui, c’était mon premier rôle. Là, je m’apprête à rejoindre une troupe d’impro. Je prends mon temps, je peux être très sélective comme j’ai le « back-up » du mannequinat. Récemment, j’ai joué dans Un vrai bonhomme de Benjamin Parent, en ce moment en salles, et j’ai travaillé sur une série pour Canal Plus. J’avance petit à petit.

 

M.F. : Comment es-tu arrivée dans le mannequinat ?
L.R. : J’ai grandi Rue François-1er, dans le 8e arrondissement. La gamine qui allait à l’école tous les matins avec son papa s’est fait repérer – malgré elle ! Quand j’étais petite, je voulais être dresseuse d’animaux pour le cinéma... Très tôt, j’ai commencé par être shootée pour Gap, Baby Dior... C’est devenu mon travail. J’ai passé mon bac pour faire plaisir à mes parents et j’ai étudié à la Sorbonne mais j’ai toujours continué le mannequinat, j’ai su très tôt que j’allais emprunter cette voie.

 

M.F. : Ton rapport à l’objectif évolue-t-il au fil des ans ?
L.R. : Oui, bien sûr. J’ai commencé à être photographiée très jeune et je me suis toujours sentie à l’aise. Mon père est aussi photographe : l’objectif, je le connais depuis que je suis née... Le vrai changement que j’ai ressenti c’est quand je suis passée de mannequin enfant à mannequin adulte, j’ai commencé à aborder le métier différemment et surtout, les gens ne m’ont plus vue du tout de la même manière... Je suis passée de la petite gosse qui sourit à la femme qui peut vendre quelque chose de sexy et ça, j’ai pris un peu de temps à l’assimiler. Un shooting avec Ren Hang m’a vraiment aidée à switcher, c’était quelqu’un de très cru... et là je me suis sentie adulte, j’avais 17 ans.

M.F. : Existe-t-il, selon toi, une différence entre le fait d'être photographiée par un homme ou une femme ?
L.R. : Pas forcément... La sensibilité varie d’une personne à l’autre plutôt que d’une femme à un homme. Certains hommes peuvent être beaucoup plus sensibles qu’une femme, certaines femmes peuvent se montrer plus sexuelles que des hommes. Je me rends compte qu’avec certains photographes j’ai une véritable connexion, on le sent pendant le shooting mais on le réalise surtout juste après et ensuite quand on voit l’image.

 

M.F. : Est-ce que tu te sens parisienne ? Et que penses-tu des clichés qui entourent l’image de la parisienne ?
L.R. : Ce mythe est vraiment en train de se casser les dents... Je pense que cette image de la parisienne n’existe plus vraiment. Et puis, on vient tous de partout, il y a très peu de parisiens qui sont vraiment nés à Paris finalement. Mais si on doit en parler, la parisienne serait plutôt pour moi la meuf qui fait plein de trucs, qui vit une vie d’art dans tous les sens, qui a la chance de pouvoir visiter 40 000 expos à la seconde, qui a accès à une foule de spectacles, de pièces de théâtre etc. Si je dois incarner la parisienne, je me sens plus proche de cette idée. Mais plus que pour Paris, on me choisit souvent pour ma vibe très seventies !

 

M.F. : Que fais-tu pendant ton temps libre?
L.R. : De l’équitation. Je monte à cheval depuis que j’ai l’âge de trois ans. J’ai travaillé comme groom dans une écurie de chevaux de course en Irlande, j’ai organisé des randonnées en Auvergne, dans des paysages sauvages sublimes, j’ai aussi fait beaucoup du cross-country... Et mon grand truc c’est la relation avec le cheval que j’ai acheté il y a deux ans. J’ai développé un lien particulier avec lui et d’ailleurs je passe aujourd’hui plus de temps à pied avec lui que sur lui, c’est mon meilleur ami. Je passe aussi beaucoup de temps à jouer de la guitare et je voyage aussi pas mal. Je rêve de galoper dans le Botswana, par exemple.  

M.F. : Quels sont les accessoires dont tu ne te sépares pas ?
L.R. : Mes bijoux, surtout mes bagues et mes pendentifs. Je porte beaucoup de bijoux de famille comme ma chevalière. Ma famille descend de Barbe-Bleue ; le maréchal Gilles de Rais, premier psychopathe de France, qui a violé et massacré plus de 500 enfants, est donc mon ancêtre... J’espère que je fais vivre l’âme de ces enfants de façon cool en moi ! Les autres pièces sont des cadeaux ou des gris-gris que je rapporte de voyage. Je ne les enlève jamais et si je les perds, je peux devenir folle. Et puis, j’oubliais mon serpent, Jackie. Je la sors tout le temps, au café du coin ou aux Buttes Chaumont car elle aime bien aller au parc. Les gens qui ont peur n’ont qu’à passer leur chemin !

 

M.F. : Est-ce que tu as des créateurs de mode fétiches ?
L.R. : Hedi Slimane, Anthony Vaccarello et John Galliano aussi, c’est marrant ce qu’il fait chez Margiela, je l’aime bien et je garde un bon souvenir de lui sur un fitting.

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